Prix

Voilà plus ou moins la gueule que je tire quand je reçois un prix de journalisme.

Crédit photo : Emmanuel Haddad (Pérou)

Crédit photo : Emmanuel Haddad (Pérou)

Ça ne s’est produit que deux fois, mais c’est déjà énorme quand on est habitué à interviewer plutôt qu’à être interrogé, à se cacher derrière une troisième personne narrative plutôt que de s’épancher sur les raisons profondes qui poussent à choisir ce métier, à faire ce reportage plutôt qu’un autre. « Le journaliste est un être timoré. Là où le romancier plonge sans peur dans les eaux de l’exposition de soi, le journaliste tremble de peur et reste sur la plage dans son peignoir de bain », écrit l’écrivain américaine Janet Malcolm. Je n’ai pas pris de peignoir pour aller au Monténégro, ni en Espagne. Je préfère les serviettes, j’aime me frotter avec énergie après une baignade glacée. Mais il m’arrive aussi, même si c’est rare, de sauter à poil dans un lac d’eau glacée et de me laisser sécher sous l’effet réparateur du soleil. Idem dans un reportage. Je peux rester distant, neutre, ou m’investir à fond, même s’il faudra le déceler derrière une bien anonyme troisième personne, dans les choix du sujet, de l’information, dans ce qu’elle dit du monde, des symptômes de sa maladie et de ses remèdes possibles. Quoiqu’il en soit, à deux occasions, pour le concours de journalisme Youthpress en 2011 et pour le concours Eco-reportages 2012, cet engagement discret a retenu l’attention d’un jury. J’espère qu’il a aussi marqué l’esprit de certains lecteurs.